Retour sur la campagne « Support Don’t Punish » 2026

Dans le cadre de la campagne internationale Support Don’t Punish, l’association de consommateurs et consommatrices de crack Mantes la Galette s’est mobilisée à Mantes-la-Jolie, en partenariat avec Sida Paroles, afin de porter un message clair : les personnes qui consomment des drogues n’ont pas besoin de davantage de répression, de contrôle ou de stigmatisation, mais de droits, de soutien, de reconnaissance et de liberté.
Cette campagne a été l’occasion de faire entendre une parole politique construite à partir de l’expérience vécue des personnes directement concernées, trop souvent absentes des espaces où sont élaborées les politiques qui les concernent.

Un événement réinventé face à la canicule

Initialement, nous avions prévu d’organiser un barbecue au CAARUD SP78, accompagné d’une séance photo autour de la campagne.
En raison de la canicule, ce moment convivial a dû être annulé. Cette annulation a limité notre capacité à créer un espace collectif ouvert et accessible, alors même que ces temps informels sont essentiels pour recréer du lien social, rompre l’isolement et favoriser la participation des personnes qui consomment des drogues.
Malgré cette contrainte, des photographies ont pu être réalisées à Mantes-la-Jolie, permettant de conserver une trace visuelle de la mobilisation et de rendre visible l’engagement des personnes impliquées.

Des ateliers de création comme espaces d’expression politique

La campagne a néanmoins pris forme grâce à plusieurs ateliers de création de tee-shirts, réalisés à partir d’une version revisitée du logo Support. Don’t Punish, au moyen de techniques de flocage et de sérigraphie.
Ces ateliers n’étaient pas de simples activités créatives. Ils ont constitué de véritables espaces d’appropriation politique.
Fabriquer et porter ces tee-shirts signifiait affirmer publiquement que les personnes qui consomment des drogues ne sont ni des objets de soins, ni des objets de contrôle policier, ni des bénéficiaires passifs de l’aide sociale, mais des sujets politiques capables de s’organiser, de créer, de revendiquer des droits et de prendre leur place dans le débat public.

Porter notre parole à l’Assemblée nationale

L’un des moments forts de la campagne a été notre participation, le 18 juin, à un débat organisé à l’Assemblée nationale, à l’invitation de La France insoumise et des Écologistes.
À cette occasion, nous avons rappelé la nécessité d’un changement profond de paradigme dans les politiques des drogues.
Pour nous, la réduction des risques ne doit pas être réduite à une simple porte d’entrée vers les soins, ni être envisagée uniquement comme une étape vers l’abstinence. Elle doit également être comprise comme un combat pour la liberté individuelle, le respect des choix de vie, l’autonomie des personnes et la résistance à toutes les formes de contrôle exercées sur les usagers et usagères de drogues.

Contre les politiques répressives

Nous avons également souhaité alimenter la réflexion sur les fondements des politiques répressives actuelles.
Derrière la prétendue « guerre contre la drogue », se cache souvent une guerre menée contre les personnes pauvres, les personnes racisées, les personnes précaires et celles dont la présence dans l’espace public est considérée comme indésirable.
Dans ce contexte, nous avons exprimé notre opposition à la proposition de loi RIPOST, que nous considérons comme une nouvelle étape dans l’escalade des politiques sécuritaires et punitives.
Cette proposition s’inscrit dans une logique profondément liberticide : elle renforce les mécanismes de contrôle, de surveillance et de sanction tout en réduisant davantage les libertés des personnes déjà les plus exposées à la précarité, à l’exclusion et aux contrôles policiers.
En choisissant toujours plus de répression comme réponse à la consommation de drogues, cette politique ne protège pas les personnes. Elle les éloigne des dispositifs de santé, accroît leur vulnérabilité et transforme une question sociale et sanitaire en simple problème d’ordre public.
Au nom des libertés individuelles, de la santé communautaire et du droit de ne pas être criminalisé pour ses pratiques ou sa présence dans l’espace public, nous avons affirmé notre opposition à cette proposition de loi.

Une mobilisation collective à Paris

Mantes la Galette a également participé à l’organisation d’une manifestation à Paris, aux côtés de structures médico-sociales, d’associations communautaires et d’organisations militantes telles qu’Act Up ou encore le Syndicat du Travail Sexuel (STRASS).
Cette mobilisation, accompagnée d’un concert, a alterné prises de parole de professionnels engagés, soutiens médicaux et interventions de personnes directement concernées.
Elle a surtout permis de renforcer les liens avec d’autres organisations communautaires et militantes et de rappeler que nos combats sont liés :

  • lutte contre la répression ;
  • lutte contre la stigmatisation ;
  • défense de la santé communautaire ;
  • défense des droits ;
  • défense des libertés publiques ;
  • défense de la dignité des personnes.

Une difficulté persistante : être entendu localement

Malgré nos efforts, nous n’avons pas réussi à rencontrer les responsables politiques locaux de Mantes-la-Jolie.
Cette absence de dialogue montre à quel point il reste difficile pour la parole des personnes qui consomment des drogues d’être reconnue localement comme une parole politique légitime.
Cette difficulté constitue à la fois une limite et une raison supplémentaire de poursuivre notre travail de plaidoyer et d’interpellation politique.
Refuser le dialogue avec les premiers concernés revient à maintenir des politiques décidées sans eux, et souvent contre eux.

Bilan de la campagne

Le bilan de cette campagne est à la fois combatif et positif.
Malgré les obstacles rencontrés, elle nous a permis de créer, d’être visibles, de prendre la parole publiquement, de renforcer nos alliances et de réaffirmer une conviction qui guide notre action depuis nos débuts :

Rien à propos de nous sans nous.

Pour nous, Support Don’t Punish n’est pas seulement un slogan.
C’est une revendication politique.
C’est le refus d’une société qui répond à la pauvreté par la police, à la consommation de drogues par la punition et à la vulnérabilité par la privation de liberté.

article en anglais ici